La pratique de Setsubun
- Marine

- 8 janv.
- 4 min de lecture
Setsubun est une fête populaire japonaise qui se déroule la veille du premier jour du printemps (selon le calendrier lunaire) soit le 3 février.
L’origine de Setsubun
”Setsubun” (節分) est un mot composé de deux caractères : “saison” et “diviser”. C’est donc une journée qui autrefois annonçait qu’une saison s’achevait pour qu’une autre commence, et on disait que cette transition permettait au mal de s’infiltrer plus facilement. C’est ainsi qu’un rituel apellé “tsuina” (追儺) venu de Chine fut intronisé à la Cour Impériale du Japon : celui-ci permettait de chasser les mauvais esprits et démons maléfiques. Ce rituel s’est diffusé à travers le Japon et l’ensemble de la population a le pratiquer à leur manière, en jetant des haricots.
On dit aussi qu’une divinité majeure du bouddhisme aurait enseigné à des prêtres dont le temple situé à Kyôto était alors assailli par un démon, qu’en lui lançant des haricots dans les yeux, celui-ci serait anéanti.
Les saisons changent quatre fois dans l’année, il y a ainsi quatre Setsubun avant chaque nouvelle saison, mais dans les faits, seul le tout premier de l’année a prit de l’importance et est fêté encore aujourd’hui !
Mais pourquoi les Japonais jettent des haricots grillés ?
Comme beaucoup de fêtes ou d’éléments culturels japonais, il s’agit là d’un jeu de mots dans la langue japonaise, qui regorge d’homonymes. Ainsi les mots “haricot” et “détruire les démons” se prononcent de la même manière : “mamé” ! Et “griller” tout comme “tirer sur quelqu’un” se prononcent également tout deux “iru”. Ainsi jeter des haricots grillés à l’intérieur du foyer passait pour tirer sur les yeux des démons, et était une manière de chasser les mauvais esprits.
Une autre particularité : les haricots sont des graines, et donc source de vie : ils sont vus bénéfiquement comme symbole qui permet de perpétuer la lignée familiale. On dit également en japonais “mamé mamé-shiku hataraku” (まめまめしく働く) c’est-à-dire le fait de travailler avec diligence, en faisant des efforts, vœu que l’on fait pour soi et ses proches.
Que font les Japonais aujourd’hui pendant Setsubun ?
Si vous vous rendez au Japon fin janvier, vous observerez dans les supermarchés de nombreux produits à base de haricots, des haricots grillés “fuku mamé” (福豆), des haricots de plusieurs couleurs ou “go-shoku mamé”, des sachets individuels contenant de petits bonbons ronds et croustillants, et souvent de nombreux masques en papier représentant un démon au visage rouge, pour les clients qui prennent des haricots grillés. Car la tradition de jeter des haricots est aujourd’hui encore bien présente, plus pour l’aspect festif que pour l’ancienne croyance.
Dans des familles avec jeunes enfants, les parents mettent ainsi un masque de démon ou “oni” et les enfants leur lancent des haricots grillés dessus (ou des boulettes de papier) en criant “Dehors les démons ! Le bonheur reste à la maison !” (鬼は外!福は内!oni ha soto, fuku ha uchi). D’autres familles jettent les haricots en direction du vestibule en criant “Dehors les démons !”, ferment portes et fenêtres préalablement ouvertes une fois les démons sortis, puis dispersent des haricots à travers divers endroits de la maison. Et pour éviter de passer trop de temps à nettoyer, les haricots peuvent rester dans leurs emballages individuels !
Que mange t’on pendant Setsubun ?
Des haricots ! Mais seulement le même nombre d’haricots que votre âge. C’est d’ailleurs les haricots lancés qui sont consommés : ceux-ci ayant permis au bonheur de rester dans le foyer, ils sont d’autant plus précieux.
Autrefois dans certaines régions du Japon, on disait qu’on prend une année de plus à Setsubun, et manger autant de haricots grillés que son âge garantissait un corps en bonne santé toute une année. Dans certaines familles, on dit que manger un haricot supplémentaire promet de garder la santé l’année suivante également.
Un autre met très fortement consommé : le “ehomaki”. C’est un maki (du riz enroulé dans une feuille de nori) composé de 7 ingrédients en référence aux 7 dieux du bonheur : des lamelles de calebasse, des champignons shiitaké, de l’omelette, de l’anguille, du concombre et de la poudre de poisson teintée en rose.
Un très long maki est ainsi préparé, et il faut manger celui-ci en s’orientant dans la direction qui cette année-là porte chance. Chacun doit manger un maki entier, sans parler, sans le couper en plusieurs parties, autrement quoi leur chance serait “brisée”. Ça serait dommage d’attirer le malheur sur soi après s’être donné autant de mal !
Si ces deux aliments sont particulièrement connus et consommés, une partie de la région autour d’Osaka consomme de la sardine. Les habitants des régions proches de Tôkyô, eux, consomment une soupe appelée “kenchin-jiru”. Dans la région de Nagano où les soba sont une des spécialités régionales, on consomme des “setsubun soba”. Peu différents des soba habituellement consommés pendant l’année, c’est tout de même l’occasion de manger de la crevette, un fruit de mer réputé bon pour la longévité.
Est-ce que les Japonais font la fête ?
Tous les événements de la vie sont une opportunité de merchandising. Vous trouverez de nombreux articles avec des designs de démons “oni” : assiettes, serviettes en papier, repose-baguettes, peluches… De quoi décorer la table ce jour-là. Quant à des festivals et rituels, nombreux sont organisés à travers le Japon, souvent avec des lancers de haricots et l’apparition de démons. Parmi les plus remarquables :
Le temple Sensô-ji (Tôkyô)
Le sanctuaire Yoshida (Kyôto)
Le temple Rosan-ji (Kyôto)
Le temple Naritasan Fudôson (Ôsaka)
Le sanctuaire Nagata-jinja (Kôbe)
Si votre voyage au Japon se déroule pendant cette période, ne manquez pas de visiter un de ces temples ou sanctuaires. Votre conseiller AYUMI Voyage se fera une joie de trouver un festival où vous apprécierez la culture populaire japonaise.

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